Une pièce flamboyante
2007-09-22 · Béatrice Jongy
Il ne faut pas manquer la pièce de Mayenberg qui se joue actuellement aux Tanneurs. D'abord parce qu'on a rarement l'occasion d'entendre un vrai beau texte. Et quand ce texte est servi par une mise en scène intelligente et de bons acteurs, c'est un régal.
Le frère et la sœur se rebellent contre les parents. Et l'un d'eux est malade, ou les deux. A moins que ce ne soit les autres…
La mise en scène sert remarquablement ce poème apocalyptique. Difficile d'aborder le décor sans le déflorer, mais il reflète à la fois l'aspect mélancolique, clinique du texte, mais aussi sa trivialité. Et les comédiens jouent sans cesse, avec superbe, sur ces deux registres, réaliste et lyrique, tragique et comique. Car l'on rit aussi pendant ce spectacle, on rit du mal et de nous-mêmes. Sofia Betz, la metteure en scène, manipule l'ironie avec bonheur. On se tend, penché en avant pour recevoir en plein visage la gifle qui nous est adressée et aussitôt la parole qui caresse, on se rejette en arrière dans un souffle libérateur, parce que ce qui devait être dit l'a été.
Est-ce le fait que l'adolescence ne soit pas si loin de Sofia Betz qui lui permet de la représenter avec tant de vérité ? Il faut voir avec quels subterfuges elle traite la difficulté de représenter le feu sur scène (je n'ai rien le droit de dire), la relation entre le dedans et le dehors, la scène et le hors-scène, le rythme. Elle prend à bras-le-corps la sauvagerie et la légèreté du texte, n'en gomme ni la violence, ni l'érotisme, ni l'humour. On n'en sort pas indemne, et c'est tant mieux.
