Une bouteille à la mer ?
2007-11-14 · Jean Campion
Marquée par le récit des survivants au génocide khmer rouge, Catherine Filloux se penche, depuis quinze ans, sur l'énigme de ce genre d'extermination. Aussi n'est-il pas étonnant qu'elle ait fait de Raphaël Lemkin, juif polonais qui s'est battu pour imposer cette notion de génocide, le héros d'un spectacle ambitieux mais maladroit.
La construction est originale , mais malheureusement la pièce s'essouffle vite, car ce combat indispensable reste flou. Bien sûr, on déplore la passivité et l'hypocrisie des gens de pouvoir (Les Etats-unis ont remplacé le mot génocide par une formule exorcisante: "le mot G") et on est révoltés par cette barbarie permanente qui reste impunie, mais on ne cerne pas d'adversaires consistants et on en est réduits à partager le sentiment d'impuissance éprouvé par Lemkin.
Ne quittant pas la scène, Jean-Michel Vovk a le temps de donner vie avec sobriété à son personnage tourmenté. Ses quatre partenaires, qui se partagent les seize autres rôles, ont moins de chance, car les brèves interventions de certains ne visent qu'à illustrer une seule idée. Heureuse exception: la séquence qui évoque les rapports entre Lemkin et Tatjana, une détenue bosniaque, émerge de ce patchwork, grâce à l'émotion qui s'en dégage.
L'ampleur du plateau est un handicap pour les comédiens. Ils apparaissent souvent comme des figurants perdus dans ce grand espace et certaines entrées et sorties ralentissent le rythme du spectacle. Le décor ne brille pas par son efficacité. On peut s'interroger sur l'apport des volets qui descendent ou remontent, au terme de certaines scènes. Fallait-il étaler d'emblée les accessoires (champagne déjà servi, journal, magnétophone) utilisés durant la représentation?
On regrette d'autant plus les lacunes de cette pièce qu'elle a le mérite de s'attaquer à un problème lancinant et essentiel. Porte-parole d'un théâtre-citoyen, Catherine Filloux participe à des colloques comme "Devoir de voir: Revivre après un génocide ou des crimes contre l'humanité". Il est très probable que des questions traitées superficiellement dans "La Maison de Lemkin" trouvent des réponses plus enrichissantes dans ces discussions.
