Ma sœur, ma juge – plus qu'une simple adaptation – est le fruit d'une rencontre entre deux femmes : l'une comédienne, l'autre juge des enfants. Tandis que la comédienne donne chair au langage, la juge tranche et fait voeu de justice. Toutes deux pratiquent l'art de nommer l'humain dans sa plus grande complexité, que les mots livrés soient salvateurs ou incisifs. Porter à la scène le manuscrit Sans Jugement de Lise Bonvent (récemment publié aux Éditions Cartouche) s'est imposé à Michèle Nguyen comme une évidence : la comédienne fait immédiatement corps avec ce texte qui dévoile cette part mystérieuse et paradoxale qu'est la difficulté à juger quelqu'un, surtout lorsqu'il s'agit d'enfants ou d'adolescents en perte et en quête d'identité. Un témoignage troublant qui creuse, questionne et provoque les failles de notre système judiciaire. (Extrait:) Oui, aujourd'hui, j'ai pris la place de ce quelqu'un. _ Dire : « Cela ne se fait pas ». _ Dire aussi le mal de chien, dire les traces qui vont rester, la douleur soupçonnée par personne. _ La dire droit dans le regard. _ Sans aucun détour. _ Y a-t-il un après à l'odieux? _ Il faut le laisser venir… _ Je le sais.